D'abord, un détail de traduction: le nom Opération "Plomb Durci" ou "Plomb Fondu" adopté dans les medias Gazaville_81726francophones pour rendre l'hébreu `oferet yetsuka ne me semble pas très heureux. Je préfère la traduction suggérée par mon amie Hedva Amouyal, "Opération Chape de Plomb", qui fait bien passer l'idée d'une coulée de plomb qui va recouvrir le territoire de Gaza...

La Chape de Plomb tombe sur Gaza

Nous avons entendu les membres du gouvernement affirmer les uns après les autres le caractère inévitable de l’opération.

Certes, Israël n’avait plus le choix: il ne pouvait alléger le blocus économique de Gaza sans encourager l’effort de guerre du Hamas et apparaître faible. L’opinion publique israélienne supportait déjà très mal d’alimenter Gaza en électricité, eau, soins médicaux et nécessités de base pour recevoir en échange des missiles. Ajoutons à cela la décision du Hamas de ne pas prolonger la tahadiya, "l’accalmie", l’intensification des tirs de missiles, ainsi que la crainte d’une future sanction électorale, effectivement, eyn brera, on n’a plus le choix, il faut lancer l’attaque.

Quand il n’y a plus de choix, il n’y a plus de choix, il faut l’assumer, mais la sagesse consiste précisément - de prime abord - à ne pas se laisser enfermer dans une situation où l’on perd sa liberté de manœuvre.

Or cette situation est le résultat d’une série d’erreurs de la part d’Ariel Sharon puis du parti qu’il a créé pour les mettre en œuvre, Kadima : retrait unilatéral de Gaza sans accord avec l'Autorité palestinienne; retrait duRafah_smuggling_tunnel couloir Philadelphie (500 tunnels souterrains);

Ministère des Affaires Etrangères

avoir permis la participation du Hamas aux élections législatives qu'il a remporté en achetant ses votes avec l'argent de Téhéran; avoir laissé les habitants de Sdérot et des villages limitrophes de la Bande de Gaza exposés au tir terrorisant et traumatisant des roquettes quassam durant huit longues années…

Evidemment, intervenir militairement aurait été pour Kadima reconnaître l’échec de son propre acte fondateur, la hitnatqut, la "déconnexion" de Gaza. Il a fallu que le Likoud prenne la tête dans les sondages pour que Kadima et Barak se décident. Cela ne veut pas dire que la guerre n’a été déclenchée que pour de pures raisons électorales. Et puis, en régime démocratique, il n’est pas illégitime de prendre en compte la volonté de l’électorat. Mais cet agenda électoral laisse planer le doute d'une utilisation cynique de la soufrance des habitants du Neguev occidental.

Ce qui me gêne particulièrement est qu'il y avait d'autres moyens de contrer les tirs de roquettes et que Barak a systématiquement éviter de s'en servir pour défendre l'intérêt économique du complexe militaro-industriel israélien. Plusieurs types de canons anti-missiles, à balles ou à LASER, étaient disponibles et sont restés négligés jusqu‘à aujourd‘hui. Voir ce précédent message et le groupe que j’ai ouvert sur Facebook à ce propos. Le journaliste Yossi Melman a écrit plusieurs articles à ce sujet sans provoquer beaucoup d'échos dans le public.

wallrafah483Il était nécessaire de contrôler le couloir Philadelphie le long de la frontière égyptienne pour empêcher l’entrée d’armes et de missiles iraniens. Puisque de toutes façons Israël devait contrôler sa propre frontière avec Gaza ainsi que sa frontière maritime, pourquoi avoir laissé cette brèche ouverte? Israël aurait été de toute façon accusé de poursuivre "l’occupation".

Le Couloir Philadelphie à Rafah

Quant à compter sur l'Egypte pour faire le travail, il serait totalement illusoire de penser que son attitude puisse changer, le problème est structurel:  avec la meilleure volonté de Hosni Moubarak, beaucoup de soldats égyptiens sont sympathisants des Frères musulmans - les pères du Hamas - et fondent à la vue des billets verts qui pleuvent sur les émules du Cheikh Yassin...

Une autre objection était que les soldats préposés à la garde de la frontière deviendraient la cible des attaques des islamistes gazaouis. Autrement dit, mieux valait laisser des civils sans protection!

Là-aussi existe une solution technique défensive qui n’a pas été prise en compte. Demandez à un chirurgien de vous soigner, il ne vous proposera rien d’autre que de vous opérer. De même quand un chef d’Etat demande une solution à un général il ne lui proposera que ses avions et ses tanks. Des défenses passives, tout de même, ce n’est pas très glorieux!

Rafah/Couloir Philadelphie

PhiladelphiRoute

Il est possible d’élargir le couloir Philadelphie - large actuellement de 150 mètres - pour rendre impossible le creusement des souterrains. Cela suppose l'évacuation d'une partie de la ville de Rafah coupée en deux par la frontière. Il reste ensuite à en faire une « zone morte », un no man's land défendu par une barrière électronique, miné, contrôlé par les robots armés terrestres et les drones dont Israël s'est fait le spécialiste.

Si cela n’est pas fait - et il y a de grandes chances que ce soit le cas vu l’allergie de Kadima et de la gauchePhenix envers tout ce qui peut ressembler à une réoccupation de Gaza - le Hamas renaîtra de ses cendres tel Phoenix, tel Hezbollah, quelques mois plus tard, et plus vigoureux qu’avant "Chappe de plomb".

A l’aide de cette zone-tampon et d’armes anti-mortier et quassams, il était et serait encore possible de neutraliser le Hamas sans faire couler autant de sang innocent...

Mais pour moi la vraie solution serait d'offrir une alternative plus tentante que le Hamas à la population de Gaza. Une solution politique innovante qui lui permettrait de sortir de son confinement sécuritaire et que je décrirai à une prochaine occasion. Disons qu’elle pourrait prendre la forme d'une fédération israélo-palestinienne créée avec les Arabes israéliens et l’OLP. Gaza pourra y être intégrée après référendum, sans provoquer un problème démographique pour les Juifs. Mais nous n'en sommes pas là...

En attendant je crains que nous n'ayons pas fini de faire des guerres "nécessaires" qui ne mènent nulle part.