Nous nous apprêtons à fêter le 15 mai l'anniversaire du nouveau sexagénaire, l'Etat d'Israël. Au même moment, comme chaque année, les Palestiniens “de l'Intérieur” - comme ils se désignent eux-mêmes – et ceux des Territoires Autonomes célébreront le même jour la Nakba, la “catastrophe” que représente pour eux la création de cet Etat. Et la “catastrophe” est double cette année, puisque les frères ennemis Fatah et Hamas la commémoreront séparément.

Ils continueront ainsi à entretenir le mythe selon lequel la création d'Israël s'est faite à leur détriment, est le “crime originel” qui a tué leurs droits nationaux. Et ainsi ils tentent de culpabiliser l'ONU et les pays occidentaux qui ont voté la création d'Israël. Le but: délégitimer la décision de l'ONU qui a faitplanpartage d'Israël le seul Etat au monde fondé sur une décision de droit international.

Il faut rappeler sans cesse cette vérité historique :

En 1947 l'ONU a voté un plan équitable, le Plan de Partage qui a créé deux Etats de taille comparable, un Etat arabe et un Etat juif. Et cela après que la Perfide Albion, en trahison de son Mandat international, ait octroyé 80% de la Palestine mandataire  destinée aux Juifs à un des fils du Chérif Hussein de La Mecque, créant ainsi la Transjordanie.

Cela ne veut pas dire que ce partage était la solution idéale. Je suis frappé par le fait que qu'avant les années 20 les dirigeants sionistes étaient pour la plupart favorables à un partage politique, sous forme 353px_Sanremo1920d'une fédération, plutôt qu'à une partition géographique. Par la suite les incessantes attaques des Arabes, malgré le caractère pacifique de l'implantation sioniste par achat de terres, leur ont fait peu à peu comprendre qu'il fallait créer un Etat-Nation juif indépendant.

Les futurs Israéliens ont accepté – non sans mal - la partition , les Arabes et les Palestiniens ont refusé. Soixante ans après, cette donnée fondamentale n’a pratiquement pas changé.

Ce refus du partage est le véritable crime originel que l’on essaie de nous faire oublier derrière le rituel révisioniste de la fameuse « Nakba », la soit-disante Shoa palestinienne. Cette dernière n’est que la conséquence de la défaite des Pays arabes de la guerre d’extermination qu’ils ont déclenché en 1948. Nul doute que s’ils avaient vaincu ils auraient poursuivi – en bonGrossmufti_inspecting_ss_recruits disciples du Grand Mufti de Jérusalem Haj Amin Al Husseini et en fidèles alliés d’hier – le travail d’Adolf Hitler.

Les Etats arabes se sont contentés de se venger sur leurs Juifs. Ils ont procédé à une purification ethnique systématique qui a permis à la population d’Israël de pratiquement doubler. Israël n’aurait probablement pas survécu sans cette aide involontaire et providentielle !

Voilà les chiffres: Réfugiés_juifs_des_pays_arabes

Mais ce « crime originel » renvoie à un crime plus ancien : L’élection du nouveau Peuple de Dieu musulman se fonde sur le meurtre symbolique des ancien élus, Juifs et Chrétiens, rejetés par Dieu car tombés dans la rébellion et l’erreur.

Dans l’optique islamique en particulier, toute victoire militaire est signe de faveur divine, et toute défaite celui d’une punition et menace d’un possible rejet divin. Le Dieu de l'Islam ne fait alliance qu'avec les Justes. Et les Musulmans seuls sont Justes, car muslemin, soumis à Dieu. Pas d'Alliance indéfectible, pas d'Amour divin inconditionnel pour ses enfants terribles et fautifs, pour le meilleur et pour le pire, pour son premier-né Israël, le peuple qui le premier a fait le Créateur Père et Roi. Sinon, il faudrait accepter d'être le deuxième. Ça non! Plutôt mourir, plutôt le martyre!

La victoire de Saladin sur les croisés avait mis fin à la domination occidentale chrétienne sur le monde arabe, ce qui avait rétabli la foi des Musulmans en leur élection. S’ajoutant au renouveau moderne de la domination occidentale « croisée », le retour d’Israël, victorieux des Arabes sur la scène moyen-orientale, représente une blessure narcissique insupportable. C’est ce qui se fait entendre sur le champ de bataille, à l’ONU, dans tout le monde arabo-musulman.

Mais crime originel pour crime originel, remontons à l'origine, au premier crime:

"Caïn s'apprêtait à parler à Abel, mais voilà qu'ils étaient dans le champ, et Caïn se dressa et tua Abel son frère." (Genèse 4:3-8, ma traduction).

591px_Cain_and_Abel_2C_15th_centuryNous savons qu'Abel, « souffle », était berger nomade et Cain, « créateur, possédant », agriculteur. Tous deux avaient apporté une offrande à Dieu. Bien sûr, celle du paysan n'était pas un don véritable. Lui, l'homme « créé avec Dieu » (Genèse 4, 1) par Eve, homme sans père, paganus fécondant la Terre-Mère de ses semences, totalement dépendant de la glèbe, ne pouvait faire place à un autre. Alors il doit tuer l'Elu.

Le Coran raconte lui-aussi l'histoire de Hâbîl et Qâbîl (Sourate 5:29-34), tout en y ajoutant des emprunts à des textes rabbiniques. Il place, de façon intéressante, l'histoire dans un autre cadre, celui de la Sortie d'Egypte, alors que les Enfants d'Israël, les Bani Isra'il, ont peur de conquérir la Terre de Canaan et se rebellent.

Les Hébreux, descendants de bergers nomades, devenus un peuple sur la terre d'un autre peuple, l'Egypte, sont d'emblée un peuple "en trop", qui doit justifier son existence. Un peuple non naturel, pour en finir avec la soit-disante naturalité de l'humain. Et bien sûr, dès qu'il prend la route de Canaan, l'Amorrhéen lui barre le passage (Nombres 31, 21).

Intéressant aussi le changement de nom en arabe : hābīl, هابيل, est la translitération exacte de l'hébreu hevel, הבל, Abel; qābīl, قابيل, n'a pas grand chose à voir avec l'hébreu qa'in, קין, Caïn, mais renvoie à l'idée d'antériorité et aussi d'accueil et d'acceptation. Comme s'il portait dans son nom la solution.

Les Palestiniens se comprennent comme le peuple autochtone et le proclament , un peuple naturellement né de la Terre de Palestine. Tout leur ethos national est celui d'un peuple de paysans enracinés dans leur sol, soudains envahis par des étrangers nomades surgis des quatre coins du monde. Seulement ces "étrangers" parlent la langue des premiers habitants cananéens du pays, leur écriture se retrouve sur les tessons antiques exhumés du sol, et le nom des villages a gardé leur mémoire.

Cependant, l'ethos religieux musulman des Palestiniens est au contraire celui du bédouin abrahamique, du libre berger nomade. Ne devraient-ils pas simplement proposer de partager la terre comme Abraham à Loth, à la suite d'une querelle de bergers:

"De grâce sépare-toi de moi, si tu vas à gauche, j'irai à droite, si c'est à droite, j'irai à gauche." (Genèse 13, 9).

Mais religieusement aussi l'Arabe a pris la place de l'Hébreu. Abraham, Moïse, tous les prophètes d'Israël, il les fait Musulmans. Et bien que tous les personnages mentionnés dans le Coran soient empruntés à la Bible, aucune dette n'est reconnue. Là non plus, en terre de dar el islam, pas de place pour le retour du frère. (Sur la question des trois monothéismes, voir ce texte de D. Sibony, Le message).

Eliminer l'autre, perçu uniquement comme un concurrent, c'est le crime originel, et même le premier péché. Par le meurtre d'Abel la mort est entrée dans le monde: Adam et Eve, selon le texte, étaient toujours en vie. Avant ce crime Caïn est mis en garde, appelé à se reprendre, alors seulement il est question de Faute. Pas de Péché Originel donc, n'en déplaise à la théologie chrétienne.

Je pense qu’il est devenu nécessaire de prendre en compte la dimension théologique et eschatologique du conflit, et de lui donner une réponse dans ses propre termes : L’Islam doit accepter ce qu’a commencé à admettre le Christianisme : la Nouvelle Alliance ne rend pas caduque l’Ancienne. Dieu ne change pas d'avis, Il ne rompt pas une alliance même si son partenaire humain a failli. Sinon, comment l'idée même de confiance pourrait-elle subsister? Comment faire passer le message divin si on le contredit en pratique, en ne faisant pas de place à l'Autre?

Mais Dieu ne se contente pas d’un seul Peuple Elu, Il veut que tous les peuples de l’humanité sur un pied d’égalité s’associent aux premiers élus et reconnaissent ensemble sa Souveraineté, car seulement ainsi Il fera régner la paix universelle. Toutefois c’est lui-même sans intermédiaire qui établira son Royaume, dans le rassemblement des Nations associées, et non par la domination impérialiste de l’une d’entre elles. Le partage de la Terre d’Israël-Palestine doit être vu comme un premier test de cette coopération à laquelle il n'y a pas d'alternative vivable…